Colas Demeillers
Je m’appelle Colas et j’habite en Irlande du Nord auprès de mon fils Théodore. À mes heures perdues, je suis professeur de français dans un lycée pour filles. Les jours fastes, je suis romancier.
Chacun de mes livres possède :
- Une dimension théologique ;
- Une dimension historique ;
- Une dimension romanesque et littéraire.
Premièrement, mes romans abordent de nombreux thèmes bibliques à la lumière de l’Écriture, en particulier ceux du salut universel, de l’apocatastase et du fruitalisme. Deuxièmement, mes romans se déroulent dans le passé (à la Renaissance, au siècle ou durant la seconde guerre mondiale). Troisièmement, ils sont structurés autour d’une intrigue haletante et d’une trame palpitante. Enfin, ils sont écrits dans un style poétique et cherchent à communiquer au lecteur une émotion littéraire.
Je suis l’auteur d’une trilogie composée des trois tomes suivants :
- De profundis ;
- Le sang des raisins ;
- Le vent souffle où il veut.
L’Écriture dit : « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Matthieu 10:8). Fort de cet enseignement, il m’a semblé bon de mettre gratuitement mes romans en ligne, afin que tout un chacun puisse les télécharger librement. Vous trouverez le lien de téléchargement en bas de cette page.
Afin de vous donner un avant-goût de mes ouvrages, permettez-moi de vous les résumer brièvement.
De profundis se déroule au XVIIe siècle et raconte l’histoire d’Albert, un jeune huguenot de la Principauté calviniste d’Orange élevé par son père adoptif. Au fil de ses rencontres, Albert va graduellement s’ouvrir au monde et embrasser une vision religieuse tolérante et généreuse. C’est d’abord la rencontre avec son précepteur grec, un savant orthodoxe quelque peu excentrique, qui va venir chambouler son petit monde. Le jeune homme va ensuite s’engager comme compagnon du tour de France et confectionner des vitraux dans des églises luthériennes, renonçant ainsi à ses préjugés iconoclastes. Mais ce qui va véritablement bouleverser l’univers corseté d’Albert, c’est sa rencontre avec des moines dans un ermitage retiré de la lande bretonne. Confronté à des vues universalistes en porte-à-faux avec les idées prévalant alors dans le Royaume de France, le jeune huguenot va graduellement lâcher prise sur ses a priori et s’ouvrir à l’altérité. À l’issue de ces épisodes initiatiques, il va s’embarquer pour la Terre Sainte à bord d’un navire rhodien dans un pèlerinage pour le moins singulier. À travers l’odyssée d’Albert et son épopée épique, le lecteur est invité à cheminer intérieurement dans une quête spirituelle et théologique. Au récit riche en rebondissements se mêlent aussi en filigrane des réflexions sur l’amour filial, l’amitié, la mort et la complexité des relations humaines. De profundis constitue un plaidoyer contre le fondamentalisme et une ode à la tolérance religieuse ; ce livre se veut aussi un éloge de l’amour inconditionnel et du respect absolu de toute la création, visant à faire naître chez le lecteur un sentiment de « révérence à la vie » (selon l’expression d’Albert Schweitzer).
Lorsqu’on vint apprendre au pasteur Clay qu’un fils lui était né, il en fut passablement incommodé. Non pas qu’il eût préféré une fille, bien au contraire. Mais l’homme de foi venait tout juste d’entamer une partie de pêche, et il n’avait pas la moindre envie d’écourter son passe-temps préféré pour aller féliciter son épouse et étreindre le nouveau-né. À sa décharge, la petite rivière dans laquelle le pasteur venait de jeter sa ligne regorgeait de truites arc-en-ciel et de perches blanches ; et il eût été bien difficile au presbytérien de résister à l’appel de l’hameçon, quand bien même il s’y fût efforcé. Aussi décida-t-il de poursuivre son sain loisir tout l’après-midi ; il regagnerait la demeure familiale dans la soirée. De toute manière, le nourrisson n’allait pas s’envoler. Quant à son épouse, elle serait sans doute bien contente de reprendre des forces en se repaissant de truite braisée au fenouil ou de perche rissolée à la coriandre. Un mets savoureux de la sorte lui mettrait du baume au cœur, surtout si la malheureuse avait frôlé la mort en couches comme la dernière fois lors de la naissance de l’aîné de la fratrie. Bien entendu, il faudrait que la convalescente écaille le poisson, qu’elle l’éviscère et le coupe en filet ; et cela exigerait de sa part, il est vrai, de substantiels efforts. Mais le jeu en valait la chandelle, car la truite braisée au fenouil était un régal pour les papilles. Quant à la perche rissolée à la coriandre, elle eût séduit les élus de Dieu si cela était possible. La venue au monde de l’enfant, songea le Révérend Clay, serait dignement célébrée par de joyeuses agapes ; et la perspective du voluptueux festin faisait déjà tressaillir le pasteur de plaisir.
Ophir Clay, le fils cadet du pasteur, naquit ainsi par un beau matin printanier de l’année 1915 dans la petite ville de Stillwater, au nord-est de l’Oklahoma. Son père, absorbé par son ministère dans l’église presbytérienne de la ville, ne consacra que très peu de temps à son éducation. C’est sa mère qui prit en charge l’instruction de l’enfant ; et la brave femme fit un travail remarquable, quoiqu’elle n’y consacrât pas suffisamment de temps à ses yeux, étant trop souvent accaparée par les diverses tâches domestiques incombant aux femmes pieuses qui craignent le Seigneur. D’autant plus que Madame Clay, outre les saintes corvées liées à l’entretien du logis, se dévouait aussi sans ménagement à son sacerdoce de diaconesse au sein de l’église. Il n’empêche, la brave femme dispensa à Ophir et son frère aîné une éducation de haute tenue, leur prodiguant tout l’amour dont des enfants peuvent rêver ; et les deux garçons grandirent en sagesse et en discernement à l’ombre de ses ailes.
Lorsqu’il eut douze ans, Ophir se révéla un enfant particulièrement vif d’esprit et avide de connaissance, quoique d’une nature légèrement espiègle. La ville de Stillwater, une grosse bourgade de quelques milliers d’âmes, s’avéra un extraordinaire terrain d’aventure pour le jeune garçon et son frère aîné, étant bordée de part et d’autre par des collines ondoyantes invitant à l’exploration. Le territoire, d’une beauté sauvage et luxuriante, avait jadis été habité par les Pawnee et la paisible nation indienne n’en avait pas altéré la splendeur cristalline. Sur certaines collines couraient des forêts multicolores de cèdres bleus, d’érables rouges et de bouleaux jaunes. Sur d’autres s’étendaient à perte de vue des prairies d’herbes folles parsemées de blocs de granite que les deux enfants ne se lassaient pas d’escalader.
Le dimanche après-midi, Ophir et son frère partaient avec leur mère faire une promenade en forêt pour y cueillir des baies sauvages ou y ramasser des châtaignes. Le Révérend Clay, en bon père de famille, se joignait parfois à l’expédition lorsqu’il n’avait pas de sermon à composer ou de confessions à recueillir. Le pasteur en profitait alors pour rechercher des fossiles et étoffer ainsi sa collection déjà bien garnie de créatures en tous genres. Il ramassait avec plaisir des araignées figées dans l’ambre ou des scarabées immortalisés dans le calcaire, quoique ces spécimens ne fussent pas ses préférés ; car l’homme de Dieu avait un faible pour les vestiges d’animaux marins : crevettes géantes pétrifiées dans le grès jaunâtre, ammonites en spirales prises au piège dans le schiste noir, cœlacanthes scellés pour l’éternité dans le poudingue, trilobites transformés en statues de sel à l’image de la femme de Lot… La région de Stillwater regorgeait ainsi de toute une variété d’espèces insolites ayant jadis hanté les mers du globe. Le pasteur Clay ne se lassait d’ailleurs pas de répéter que la présence de ces créatures pétrifiées dans les terres enclavées de l’Oklahoma démontrait de manière éclatante la véracité du déluge et l’exactitude du récit biblique. En fait, aimait à rappeler le zélé prêcheur, on trouvait même des fossiles de poissons et de coquillages au sommet des Rocheuses ou dans les Appalaches, Dieu ayant laissé ces reliques du passé afin qu’elles témoignassent de la sévérité de ses jugements et de la puissance de son courroux. Ophir, quant à lui, préférait les fleurs aux fossiles. Et s’il n’avait pas été importuné à l’idée de cueillir ces majestueux végétaux, il eût volontiers constitué un herbier. Il n’empêche, l’enfant était ravi d’écouter les prédications géologiques de son père, et il eût aimé que l’homme de foi se joignît à toutes les promenades dominicales.
Ophir et son frère passèrent ainsi une enfance bucolique à observer les plantes et les papillons, grimpant aux arbres et gambadant folâtrement dans les prairies verdoyantes du sud de l’Amérique. Chaque matin, leur mère leur dispensait des leçons de lecture, d’écriture et de calcul (à l’exception du dimanche où toute la famille se rendait au culte). Madame Clay, douce et aimante, leur enseigna ainsi toutes les subtilités de la langue anglaise et de l’arithmétique en s’appuyant à peu près exclusivement sur la Sainte Bible. Chaque après-midi, les deux enfants partaient batifoler dans les prairies vallonnées qui ceignaient Stillwater, musardant joyeusement au milieu des échinacées pourpres, des silphies jaunes et des faux-indigo qui tapissaient le sol ; Ophir s’entendait à merveille avec son frère ainé, de sorte que l’enfant eût été parfaitement heureux si sa relation avec son père n’avait pas si cruellement manqué d’intimité.
Lorsqu’il eut dix-sept ans, Ophir quitta la demeure familiale afin d’aller suivre des études supérieures dans la petite ville de Tulsa. Située à une soixantaine de miles de Stillwater, la cité était nichée en plein cœur de la réserve indienne dans laquelle le gouvernement fédéral avait...
De profundis (PDF à télécharger gratuitement)
Le sang des raisins (PDF à télécharger gratuitement)