Le texte qui suit est fondé sur un article que j’ai écrit il y a cinq ans et qui a été publié dans un journal familial de sensibilité protestante. Il s’adresse donc principalement à des huguenots de la Vallée d’Aspe, à des pasteurs pyrénéens et à des missionnaires réformés de France et de Navarre. Cela étant dit, il n’en garde pas moins une portée universelle. Certains passages, je le confesse volontiers, sont maladroits et un brin candides ; si bien que mon article ne reflète pas exactement les derniers développements de ma pensée. Il n’empêche, il m’a semblé bon de vous confier mes réflexions passées dans l’espérance d’édifier au moins quelques âmes.
Qu’est-ce que le fruitalisme biblique ?
Version révisée d’un article originellement publié dans le journal protestant La garbure.
Je m’appelle Colas et je suis protestant. Je vis en Irlande du Nord avec mon fils Théodore. À mes heures perdues, j’y suis professeur de français dans un lycée pour filles ; les jours fastes, j’y suis romancier. Afin de me conformer à l’Écriture et de répondre à l’appel intérieur de Jéhovah, je ne mange que des fruits. J’aimerais vous expliquer les fondements bibliques de mon régime alimentaire et les raisons éthiques sous-jacentes à mon mode de vie.
Albert Schweitzer, alors qu’il traversait le fleuve Ogooué dans ce qui fut jadis l’Afrique Équatoriale Française, aperçut un beau jour devant son bateau un troupeau d’hippopotames. Saisi d’admiration devant l’infinie beauté de ces majestueux animaux dans le soleil couchant, il s’exclama, bouleversé : « révérence à la vie ! » (Ehrfurcht vor dem Leben en allemand). Plus tard, méditant sur son expérience, il rédigea cette définition fondamentale du bien et du mal : « le bien, c’est de maintenir et de favoriser la vie ; le mal, c’est de la détruire et de l’entraver ».
La vie, selon Albert Schweitzer, ne se limitait pas à celle des hommes. Elle incluait aussi celle des plantes, des animaux, des champignons ou même des bactéries. Le médecin de Lambaréné écrit ainsi : « l’homme ne fait preuve de moralité que lorsque la vie, en tant que telle, est sacrée pour lui. Non pas seulement la vie de ces camarades, mais aussi celle des plantes et des animaux. L’homme ne fait preuve d’éthique que lorsqu’il se dévoue à toute forme de vie qui est dans le besoin ».
Albert Scheitzer
Cette définition de l’éthique, Théodore Monod la reprendra plus tard à son compte. Le naturaliste du jardin des plantes écrit : « nous devons apprendre à respecter la vie sous toutes ces formes : il ne faut détruire sans raison aucune de ces herbes, aucune de ces fleurs, aucun de ces animaux qui sont tous, eux aussi, des créatures de Dieu ». En bon protestant, le directeur de l’Institut français d’Afrique noire considérait même le respect pour toute forme de vie comme la clef de voûte de toutes les religions et de toutes les morales. Et en botaniste épris des fleurs du désert, il aimait à ajouter : « le monde pourrait vivre sans tuer ni animal ni végétal ». Cette espérance prophétique, mes chers amis, est le fondement même de mon mode de vie et la pierre angulaire du fruitalisme biblique.
Théodore Monod
Afin de mieux cerner la pensée fruitalienne, il convient de la situer parmi les différentes philosophies existantes en matière de respect de la vie :
Les végétariens ne mangent ni viande ni poisson ; cependant, ils s’autorisent la consommation d’œufs, de lait et de miel.
Les végétaliens (ou véganes) ne mangent ni animaux ni produits d’origine animale. En outre, ils ne portent ni cuir, ni laine, ni fourrure.
Les fruitariens ne mangent ni animaux, ni produits d’origine animale. Ils ne portent ni cuir, ni laine, ni fourrure. De surcroît, ils ne consomment ni tiges ni racines (afin de ne tuer aucune plante) ; cela étant dit, ils se repaissent à l’occasion de feuilles (dans la mesure où celles-ci repoussent) et de graines (dont la vie latente leur paraît moins importante que celle des plantes pleinement développées).
Les fruitaliens ne mangent ni animaux, ni produits d’origine animale, ni plante sous quelque forme que ce soit. Ils ne consomment ni noix ni graines. Ils ne font pas cuire leurs aliments, afin de ne tuer aucune des bactéries qui vivent dans les fruits. Ils n'utilisent ni savon, ni shampoing, ni dentifrice, ni produit vaisselle, ni lessive, ni aucun autre poison afin de n'ôter la vie à aucun microbe. Ils ne consomment aucun médicament, afin de ne pas endommager leur microbiote. Ils ne portent ni cuir, ni laine, ni fourrure, ni lin, ni chanvre, ni viscose (issue du bambou), mais se contentent de revêtir des habits de coton (le fruit du cotonnier).
Au vu de ces restrictions drastiques, on est en droit de se demander ce que mangent les fruitaliens. La réponse, d’une simplicité enfantine, tient en un mot : des fruits. Car les plantes, mes chers amis, sont des êtres sensibles. Or la seule partie de la plante qui puisse être mangée sans causer la moindre souffrance, c’est justement son fruit.
Lorsqu’on arrache une carotte de terre, on la fait mourir en l’extirpant de son milieu nourricier. Lorsqu’on coupe quelques feuilles de laitue ou d’épinard, on blesse la plante en endommageant ses tissus clefs (lesquels sont essentiels à la photosynthèse). Cela n’a rien d’anodin. Croquer dans un poireau ou une asperge n’est pas vraiment mieux inspiré, car ces végétaux sont des tiges qui transportent des minéraux tout en assurant un soutien mécanique pour les feuilles et les fleurs. Quant à la dégustation de noix de coco ou de noisettes, elle s’apparente à celle de bébés humains (ces graines étant des plantes sous forme embryonnaire). Les fruitaliens, dans un souci de non-violence, se gardent donc bien de tomber dans semblable écueil.
Sur le plan botanique, la carotte est une racine. Il s’agit donc d’un organe dans lequel la plante emmagasine son eau et ses nutriments. Quant aux oignons et aux pommes de terre, ce sont des bulbes et des tubercules, lesquels assurent les mêmes fonctions de stockage que les racines. Déterrer des oignons n’est donc guère plus glorieux que de s’en prendre à une carotte.
On ne fait pas d’omette sans casser des œufs, dit le proverbe. Semblablement, on ne fait pas de frites sans assassiner des patates, si j’ose dire.
Fort heureusement, il n’en va pas des fruits comme des autres organes de la plante. Cueillir une pomme bien juteuse ou une prune mûre ne fait aucun mal à la plante, bien au contraire (à condition bien sûr de faire preuve de douceur, c’est-à-dire de ne pas brutaliser la tige lors de la cueillette). En fait, lorsque l’on croque dans une pomme et que l’on disperse ses pépins dans la nature, on accomplit la volonté du pommier, et celle de Dieu par la même occasion. Il existe en effet une relation symbiotique entre les plantes, les hommes et les animaux. Les plantes, d’un côté, ont besoin des hommes et des animaux pour disperser leurs graines ; car si ces dernières germaient trop près de la plante mère, les plantules émergeant du sol entreraient en compétition les unes avec les autres pour les nutriments et la lumière. De l’autre côté, les hommes et les animaux ont besoin des plantes pour respirer et se nourrir. En mangeant les fruits de la plante et en dispersant ses graines, nous accomplissons donc le désir profond de la plante ; ce faisant, nous nous conformons aussi à la volonté divine et nous voyons « récompenser » par une succulente nourriture, quoiqu’à la vérité nous nous contentions de recevoir gratuitement une manne imméritée.
En somme, les fruitaliens ne mangent que des fruits. Mais qu’est-ce qu’un fruit me direz-vous ? En termes simples, il s’agit de la partie charnue qui entoure la graine. D’un point de vue botanique, la tomate, le poivron, le concombre, la courgette, l’aubergine, le piment, le potiron, la courge musquée ou encore l’avocat sont donc des fruits. La rhubarbe, en revanche, bien qu’elle soit un fruit sur le plan culinaire, ne l’est pas sur le plan botanique…
À présent, je souhaiterais exposer les six arguments principaux qui fondent le fruitalisme biblique.
1. Le régime fruitalien est une prescription divine.
Dans le jardin d’Éden, avant la chute, Adam et Ève se contentaient de fruits. L’Écriture dit : « l'Éternel Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé. L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal […] L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme : tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras » (Genèse 2:8-17). Comme vous le constatez, le jardin d’Éden n’était pas semé de blé, de seigle ou de laitue, mais de figuiers, de cerisiers, de pêchers ou de manguiers. Jusqu’à la chute, la diète de nos premiers parents était donc strictement fruitalienne. Avant que la mort n’apparaisse dans le monde, Adam et Ève vivaient de la parole de Dieu, d’amour et de cueillette, se gardant bien de faire du mal à la moindre plante ou au moindre animal. La consommation de végétaux et de pain, issue de la désobéissance, n’est venue que bien plus tard ; non pas comme une bénédiction, mais comme une malédiction. Lisez plutôt : « puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l'arbre au sujet duquel je t'avais donné cet ordre : tu n'en mangeras point ! le sol sera maudit à cause de toi. C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs. C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière » (Genèse 3:17-19). En mangeant de l’herbe et du pain, l’homme jusque-là immortel s’est mit à mourir.
Après le Déluge, les choses se sont aggravées lorsque Noé et les siens ont été autorisés à manger de la viande. L’espérance de vie s’est alors effondrée, passant de neuf cents à cent-vint ans. Un peu plus tard, Moïse a confirmé l’alliance scellée avec Noé en permettant aux Hébreux de manger certains animaux. Dans la même veine, le prophète sauvé des eaux du Nil a aussi autorisé ses compatriotes à répudier leurs femmes. Mais ce genre de licence reflète-t-elle la volonté de Dieu ? Loin s’en faut ! Songez à ces paroles du Christ adressées aux pharisiens : « c'est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; au commencement, il n'en était pas ainsi » (Matthieu 19:8). De même, c’est à cause de la dureté de leur cœur que Moïse a permis aux Hébreux de manger des plantes et de la viande ; dans le jardin d’Éden, il n’en était pas ainsi.
Fort heureusement, Jéhovah s’apprête à restaurer toute la création à renouveler toutes choses (voir Actes 3:21). De sorte que dans le millénium à venir, « le loup et l'agneau paîtront ensemble ; et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille » (Ésaïe 65:25). Mieux encore, dans la Jérusalem céleste (l’état paradisiaque qui fera suite au millénium de paix), tous les animaux seront recréés fruitaliens. Le loup cessera alors de brouter de l’herbe, et le lion abandonnera l'insipide paille pour se repaître de mangues et de poires. La céleste Sion, cette sainte cité aux rues pavées d’or et aux murailles serties d’améthystes, abritera ainsi en son cœur « un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, et rendant son fruit chaque mois » (Apocalypse 22:2) ; si bien que les habitants du paradis se contenteront de cueillette, de janvier à décembre.
2. Les plantes sont des êtres sensibles
Une poignée de scientifiques de renom, sous la houlette de Stefano Mancuso, Paco Calvo ou encore Monica Gagliano, affirment aujourd’hui avec plus ou moins de véhémence que les plantes sont des êtres sensibles. Ces savants ont fondé le Laboratoire International de Neurobiologie Végétale (LINV) où ils mènent des recherches de pointe sur la question de la conscience des plantes. Longtemps, il a été cru que les plantes ne pouvaient pas souffrir, ne possédant pas de nocicepteurs mais des mécanorécepteurs. Fort heureusement, cette thèse est désormais battue en brèche par les dernières avancées scientifiques.
Les plantes, c’est bien connu, ne possèdent ni vagin ni spermatozoïdes. Et pourtant, cela ne les empêche pas de se reproduire, car elles possèdent dans leur fleur un pistil (qui fait office de vagin) et des grains de pollen (qui font office de spermatozoïdes). Or ce qui est valable pour le système reproductif l’est aussi pour le système cognitif. Je m’explique : les plantes, nous disent les scientifiques, ne possèdent pas de nocicepteurs ; cependant, cela ne les empêche pas de souffrir, car elles possèdent dans leurs racines un vaste réseau de cellules sensitives au sein duquel circulent des signaux électriques transmis par le biais de neurotransmetteurs. Le système racinaire des végétaux est ainsi analogue à notre système nerveux central. De plus, les plantes communiquent entre elles par l’émission de composés chimiques. Non seulement cela, mais elles échangent aussi des nutriments avec les champignons par le réseau mycorhizien des mycéliums. Comme vous et moi, elles ont des émotions et des sentiments ; comme vous et moi, elles pensent et elles rêvent ; comme vous et moi, ce sont des enfants de Dieu. Et à ce titre, elles sont dignes de tout notre amour ; il est donc grand temps que nous les considérions comme nos sœurs et nos frères.
3. Le fruitalisme est excellent pour la santé
Contrairement aux idées reçues, le fruitalisme est excellent pour la santé. Pastèques, oranges, papayes, tomates et poivrons contiennent ainsi, lorsqu’on les combine judicieusement, tous les macronutriments, minéraux, vitamines, antioxydants ou polyphénols essentiels. Et ceci exactement dans les bonnes proportions. En moyenne, les fruits contiennent 1g de protéines et 0.08 mg de fer pour 100g. Ces valeurs correspondent très précisément à celles du lait maternel, dont chacun conviendra qu’il est la nourriture idéale pour les nourrissons. Certes, les adultes n’ont pas les mêmes besoins nutritionnels que les bébés en termes de quantité ; mais leurs exigences sont comparables en termes de proportions, exception faite peut-être des lipides (les adultes, à la différence des enfants, se portant d’autant mieux que leur régime est pauvre en graisse).
Quoi qu’il en soit, après six ans d’un régime exclusivement frugal, je me porte comme un charme. Mes bilans sanguins sont excellents, et je ne tombe jamais malade. Lorsque j’étais végétalien, j’attrapais régulièrement des rhumes. Il m’est même arrivé de contracter la grippe. Il fut un temps, en effet, où je mangeais des légumes, des légumineuses, des noix et des céréales. Les aphtes faisaient alors florès ma bouche, et les boutons de fièvre fleurissaient sur mes lèvres comme le mimosa s’épanouit en hiver. Cette époque, Dieu soit loué, est révolue ; et ces maux du passé ne sont plus qu’un lointain souvenir, pareils à la brume évanescente qui paraît un instant et qui déjà n’est plus.
À l’époque où j’étais végane, je considérais la maladie comme le lot inévitable de tous les hommes. J’ignorais qu’elle n’avait rien de naturel et qu’on pouvait fort bien s’en passer !
4. D’un point de vue anatomique, l’homme est frugivore
Georges Cuvier, le célèbre naturaliste et zoologiste du XXIIIe siècle, écrit : « l’anatomie comparée nous enseigne qu’en toute chose, l’homme ressemble aux animaux frugivores, et en rien aux carnivores… Ce n’est qu’en déguisant la chair morte rendue plus tendre par des préparatifs culinaires, qu’elle est susceptible d’être mastiquée et digérée par l’homme chez qui, de la sorte, la vue des viandes crues et saignantes n’excite pas l’horreur et le dégoût ». Les grands singes, nos plus proches cousins, sont frugivores. Les gorilles, les orangs-outans ou les chimpanzés se nourrissent en effet principalement de fruits. Certes, lorsque les figues se font rares et que les jaques viennent à manquer, ces primates ajoutent une poignée de feuilles et quelques racines à leur diète. Mais leur inclination naturelle les porte vers les fruits.
5. Le fruitalisme est l’avenir de l’écologie
La culture de céréales et de légumineuses est un désastre environnemental. En effet, des milliers de rongeurs et d’insectes ont élu domicile dans les champs de blé et d’orge. À chaque récolte, la lame du tracteur laisse donc leur habitat à feu et à sang. Par ailleurs, les cultures céréalières sont des monocultures. À ce titre, elles contribuent au déclin de la biodiversité. Mais il y a pire. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le blé produit en Afrique ne nourrit pas les enfants africains, mais les veaux, les agneaux et les bœufs. Or certains de ces animaux sont destinés à l’exportation vers l’Europe ; les céréales du Bostwana ou de Namibie permettent donc aux occidentaux de manger leur steak quotidien. Comme le dit Philip Wollen : « chaque morceau de viande que nous mangeons, chaque gorgée de lait que nous buvons est une gifle portée au visage ruisselant de larmes d’un enfant affamé du Sahel ».
En ce qui concerne l’Amérique du Sud, les choses ne sont guère plus reluisantes. En effet, les neuf dixième de la production mondiale de soja sont destinés à engraisser le bétail. Or la production d’un kilo de bœuf nécessite la « création » d’un pâturage de 323 m² (et pas moins de 15500 litres d’eau) ! Les propriétaires de ranchs n’hésitent donc pas à raser la forêt amazonienne pour la transformer en terre cultivable.
Si notre planète ne comportait que des vergers sauvages, le monde serait un paradis.
6. Le fruitalisme est la pierre angulaire de toutes les religions
Wilfried Monod, le pasteur de l’Oratoire du Louvre, plaidait souvent en faveur des animaux dans ses sermons. Quant à Théodore, son fils, c’était un végétarien convaincu. S’il n’avait pas présumé que le fruitalisme entraîne de graves carences nutritionnelles, je suis convaincu qu’il aurait embrassé ce mode de vie sans réserve. Le savant du Muséum d'histoire naturelle ne disait-il pas lui-même qu’il aspirait à la frugalité la plus stricte ? Quoi qu’il en soit, il considérait le respect de la vie comme la pierre angulaire de toutes les religions.
Aux yeux de Théodore Monod, le christianisme, le judaïsme, l’islam, l’hindouisme ou le bouddhisme formaient autant de sentiers permettant de gravir une montagne unique ; ce qui lui inspirait cette réflexion universaliste : « tout ce qui monte converge ».
J’eusse aimé que Théodore Monod s’essayât au fruitalisme. Gandhi, en son temps, a adopté un régime fruitarien avec plus ou moins de succès. Fort de son expérience, il écrit : « la grandeur d’une nation et ses progrès moraux peuvent être jugés de la manière dont elle traite les animaux ». En définitive, il me semble qu’au crépuscule de notre vie et à l’aube de la vie éternelle, lorsqu’il nous faudra passer sur l’autre rive, notre attitude envers la vie est le critère ultime par lequel nous serons jugés, car il constitue une bonne indication de notre humanité. Or l’Évangile nous exhorte à prendre soin des plus petits d’entre nous (voir Matthieu 25:45). Et qui sont ces plus petits, sinon les agneaux et les porcelets tremblants qui hantent nos abattoirs, ces lieux de la honte ? Qui sont ces plus vulnérables, sinon les petits veaux, chancelant sur leurs frêles pattes, arrachés à leur mère afin de voler le lait qui leur revient ? Qui sont ces plus fragiles, sinon ces oies et ces canards, gavés jusqu’à la nausée, afin que nous puissions déguster chaque Noël leurs foies malades pour célébrer la naissance du Sauveur ?
La traite des nègres a beau avoir été abolie, celle des animaux perdure.
Les plantes sont dotées de cellules sensitives par lesquelles elles transmettent des potentiels d'action lorsqu'elles sont en souffrance.
Chère lectrice, cher lecteur, si vous allez au culte chaque dimanche tout en continuant de manger des animaux, je vous en supplie cessez immédiatement vos prières. Allez d’abord vous réconcilier avec vos frères et sœurs à quatre pattes. Les juifs de Judée ne considéraient pas les Samaritains comme des enfants de Dieu, et n’avaient donc aucun scrupule à les mettre sous leur joug. Semblablement, la grande majorité des protestants libéraux ne considèrent pas les animaux comme des enfants de Dieu, sans quoi ils ne les mettraient pas dans leurs assiettes. Beaucoup s’engagent dans des œuvres caritatives pour aider leurs prochains, mais bafouent ouvertement les droits des plus faibles par leurs choix alimentaires. Si nous ne faisons du bien qu’à ceux qui nous ressemblent, quel gré nous en sera-t-on ? À la Renaissance, les négriers de Nantes ou de La Rochelle déniaient aussi aux noirs d’Afrique le statut d’enfant de Dieu, objectant que ces sauvages primitifs n’avaient pas d’âme. Sur quel fondement ? Simplement parce que les esclaves avaient la peau noire ou les cheveux crépus. Semblablement, les pasteurs de nos temples dénient aujourd’hui aux vaches de nos abattoirs le statut d’enfants de Dieu. Semblablement, ils objectent que ces malheureuses bêtes n’ont pas d’âme. Pour quelle raison ? Simplement parce qu’elles ont de la fourrure en guise de peau et des sabots à la place des ongles. Mes chers amis, qu’importe que nous ayons du sang, de l’hémolymphe ou de la sève ; qu’importe que nous soyons couverts de peau, de laine ou d’écorce. Nous somme tous des fils du Très-Haut, comme le dit l’Écriture.
J’ai bien conscience que tout le monde ne peut pas devenir fruitalien du jour au lendemain. En revanche, nous pouvons tous devenir véganes en un claquement de doigts, cela n’a rien de difficile. Nous le pouvons et nous le devons, car il s’agit d’un impératif moral de première urgence. Le véganisme est le premier pas sur le chemin de la compassion. Il s’agit avant tout d’un désarmement intérieur. En effet, la consommation de viande et de poisson alimente la violence en l’homme et constitue de ce fait une racine de tous les maux. Comme Léon Tolstoï l’a écrit : « tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille ». Et Confucius d’ajouter : « tant que les hommes massacreront les animaux, ils s’entre-tueront. Celui qui sème le meurtre et la douleur ne peut récolter la joie et l’amour ».
Dans le Livre de la Genèse, l’Éternel dit à Noé et sa famille : « vous serez un sujet de crainte et d'effroi pour tout animal de la terre, pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre, et pour tous les poissons de la mer ; ils sont livrés entre vos mains » (Genèse 9:2). Citant ce terrible verset, Théodore Monod rappelle : « c’est là que les hommes ont été autorisés à détruire les animaux pour les manger. Car si nous suivons le déroulement du récit biblique, nous constatons que la nourriture sanglante était absente du jardin d’Éden. On y mangeait des fruits ». Nous pouvons vraiment transformer cette terre en un jardin d’Éden. Par nos efforts et nos engagements, nous pouvons vraiment faire de la vision messianique du prophète Ésaïe une réalité, et participer à l’avènement de la céleste Sion dans laquelle « le lion habitera avec l’agneau et la panthère se couchera avec le chevreau » (Ésaïe 11:6). En devenant fruitalien, nous pouvons réellement faire de notre planète bleue un paradis où chacun vivra de la parole de Dieu, de fruits exquis et succulents, de baies sauvages et d’amour. Est-ce une utopie ? Comme le dit Théodore Monod : « l’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé ».
Bien à vous,
Colas.
Dans le paradis, les hommes vivront de la parole de Dieu, d'amour et de cueillette.
Le lion et l'agneau auront un même gîte.